lundi 11 juin 2012

Le symbolisme australien, un symbole en soi
Le musée d’Art de Nouvelles Galles du Sud propose en ce moment une superbe expo sur le symbolisme dans l’Art australien. Une bonne occasion de revenir sur un courant d’Art que j’adore et surtout de voir comment ce courant et ses motifs ont été arrangés à la sauce australienne.

Le Symbolisme a connu son apogée en Europe entre 1885 et 1895, avec pour principaux ambassadeurs Puvis de Chavannes et Gustave Moreau, mais ayant également influencé de nombreux artistes tels Gauguin, Rodin, et Courbet. Le courant revendique un détachement total de la réalité et des différentes doctrines de représentation, et s’intéresse au monde des songes, des rêves, des mythes et des légendes, par opposition au monde industriel alors en plein essor en Europe, dont les progrès sont vus comme des signes de décadence et de dégradation - bref, un courant toujours d'actualité et je suis sûre que Gustave Moreau aurait beaucoup à dire sur nos sociétés...

Abbey Alston - Golden Age - National Gallery of Victoria

L’exposition actuelle du Musée de Nouvelles Galles du Sud présente en une soixantaine d’œuvres, peintures et sculptures, les œuvres d’artistes australiens tels Abbey Alston, Rupert Bunny, Bertram McKennal, Charles Douglas Richardson et Alice Muskett. Et le choix d’œuvres est génial, surtout pour une audience européenne ! Les thèmes symbolistes traditionnels sont présents : la mort, le désir, le temps qui passe, la figure de la femme à la fois sainte innocente et séductrice démonique, Salomé, Orphée… La majorité des artistes australiens, à l’image de Rupert Bunny qui vécut à Paris et côtoya Rodin et Sarah Bernhardt. Ils ont donc participé au courant symboliste aux côtés des artistes européens.

Rupert Bunny - Pastoral - National Gallery of Australian, Canberra

Mais les artistes australiens ont également créé, à partir de ce courant européen, un symbolisme d’inspiration totalement australienne, à travers l’usage du paysage et de la nature australienne, si propice aux rêves et aux mystères, à l’expression de la mélancolie et de l’angoisse symbolistes. En témoignent simplement les titres des œuvres ;-)
 « Idylle dans le Bush » de Arthur Streeton 
Arthur Streeton - Bush Idyll - National Gallery of New South Wales

ou encore « Esprit de la sécheresse »
Arthur Streeton - Spirit of the drought - National Gallery of Victoria


Ca donne des œuvres superbes et originales et la confirmation de la proximité que l’Australie entretient culturellement avec l’Europe, à tous niveaux, tout en créant une spécificité australienne forte et caractéristique, toujours en rapport avec la nature et le paysage australiens.
Charles Conder - Moonlight - Private collection


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samedi 19 mai 2012

Pourquoi les Blue Mountains sont-elles bleues?

A deux heures de route de Sydney, changement de décor radical. 1100 mètres d’altitude au point le plus haut et des arbres et des arbres à perte de vue, des couleurs splendides et une sérénité plus que bienvenue : voici les Blue Mountains, home of the Darug, Gundungurra and Wiradjuri people !


 La nature est tellement riche et dense que ces montagnes sont restées une barrière infranchissable jusque 1813, date à laquelle Blaxland, Wentworth et Lawson, des fermiers de Nouvelle Galles du Sud, ont trouvé un passage. C’est dont de façon très originale et mystérieuse que les premières localités  à l’approche des Blue Mountains s’appellent Blaxland, Wentworth….et Lawson !

Spectaculaires, c’est un faible mot pour décrire ces montagnes qui ont mis plus de 250 millions d’années à se former. Il ne faut pas y chercher le relief accidenté et dramatique des grandes cordillères, la richesse des Blue Mountains est ailleurs : les couleurs sont d’une pureté incroyable, et ces arbres …D’ailleurs, pourquoi les Blue Mountains sont-elles Blue ? Les arbres peuplant les vallées des montagnes sont tous des eucalyptus. Leurs feuilles dégagent des vapeurs qui, au contact de l’air, donnent à la vallée une couleur d’un bleu très intense.

Témoins des phenomènes géologiques à l’œuvre dans la formation des Blue Mountains, les grottes de Jenolan offrent un spectacle naturel à couper le souffle. Les mouvements géologiques ainsi que les agglomérations calcaires provoquées par les infiltrations d’eau donnent des sculptures souterraines fantastiques, dont la beauté n’est égalée que par leur fragilité. Neuf grottes sont ouvertes au public, mais il existe plus de 300 salles souterraines, dont la physionomie change avec la moindre nuance dans l’éclairage.



Des villages « cartes postales » s’enchainent et se suivent, où les maisons datent de villégiature datant du début du 20ème siècle côtoient magasins de chocolat ; restaurants avec cheminée et cafés confortables et accueillants où passer quelques heures tranquilles.  C’est incroyable comme ici, à quelques heures seulement de Sydney, le temps s’arrête et il n’est plus nécessaire de courir nulle part. Ici tout devient facile, serein et appréciable. Car face  l’agitation permanente de Sydney, où tout le monde court tout le temps et doit toujours « aller quelque part », se poser pendant quelques heures  et ne rien faire, juste apprécier le moment présent, c’est un luxe et un privilège.
Leura et Katoomba sont les deux principaux villages. Dès les années 1850, c’est là que les Sydneysiders sont venus chercher un peu de fraîcheur en été et échapper à la fournaise de la ville. Testé et approuvé : dans les Blue Mountains, ça caille !

Un arrêt est obligatoire : Echo Point qui surplombe la splendide vallée du Sud des montagnes : un ciel d’un bleu pur et intense, des arbres à perte de vue et une vue imprenable sur les Three Sisters, trois formations rocheuses époustouflantes, comme suspendues dans l’air, symbole des Blue Mountains. La légende veut que trois sœurs aient été changées en rochers par un sorcier afin d’échapper aux avances d’un amant un peu lourdingue. Malheureusement pour les trois sœurs, le sorcier mourut avant d’avoir pu leur rendre leur apparence normale. Ce récit fait partie de la légende des Seven Sisters, Muggadah Dreaming. Ceci ne parle certainement à personne, et je suis en train de travailler sur un post explicatif, mais c’est important de mentionner l’origine de ces légendes. En gros, mais alors vraiment très gros, les aborigènes sont liés spirituellement à leur terre. Leur interprétation du monde qui les entoure se fait par des récits, transmis oralement de génération en génération, qui tournent toujours autour du relief et des caractéristiques géographiques de la terre dont ils sont originaires, et  qui permettent de cimenter les communautés entre elles, d’expliquer leurs origines et leur rôle sur leur territoire. Ces histoires, c’est leur histoire et leur identité et ça l’est depuis plus de 20 000 ans. Il ne s’agit pas d’une mythologie obscure d’un peuple disparu depuis des millénaires, mais de récits qui permettent aux générations aborigènes actuelles de vivre sur la terre de leurs ancêtres, de perpétuer leur mémoire. C’est pour ça qu’il est important de mentionner l’origine des récits, et aussi de rappeler que cette terre a eu des habitants bien avant  1813.
Passé Echo Point, les possibilités de randonnées sont innombrables et honnêtement, c’est de loin le meilleur moyen de découvrir la richesse des forêts qui peuplent ces montagnes. Le « Giant Staircase » (900 marches et trois jours après, les jambes qui en tremblent encore !) vous emmène au cœur de la vallée d’où l’on peut rejoindre différentes étapes mais qui vous emmèneront toutes à la rencontre d’arbres centenaires, de cascades cachées et de vues à couper le souffle. A l’issue d’une randonnée, les cafés de Katoomba offrent tout le Réconfort (avec un grand R) souhaité.


Un peu dur pour les jambes mais génial pour se vider la tête …



  

vendredi 23 mars 2012

Welcome to the Trivia night

Parmi les institutions australiennes méconnues, il en est une insoupçonnée qui réside au cœur de chaque pub de Sydney. Suspens, querelles, doutes, angoisses, guerre des egos, coups de génies, désespoir, rebondissements en série, fous rire et adrénaline… welcome to Trivia night !



La majorité des pubs de Sydney organisent leur propre Trivia night. Devenir un habitué garantit de retrouver d’autres habitués chaque semaine, c’est là que la compétition prend toute son ampleur.
Le principe est simple, le pub est organisé en équipes comportant autant de membres que  l’on souhaite. Un hôte énonce les questions au micro : musique, cinéma, histoire, géographie, sciences et techniques  et sport (c’est bien évidemment dans cette catégorie que je brille le plus ).  A la clé, généralement un crédit au bar (tiens, c’est étonnant !). 
Super conviviale, la compétition débute généralement avant même la première question, lorsque les équipes doivent faire preuve de montagnes d’originalité pour trouver un nom… Mon palmarès :
- « It’s my birthday and I answer if I want to »
- “Rocky Balboa is the man”
- “get out of my seat”
Entre deux phases de questions se déroule généralement une série de “vrai/faux”. Tout le monde met un dollar dans une cagnotte (le collecteur d’argent est généralement le même homme, environ 70 ans et qui a assisté au Trivia toutes les semaines depuis la construction du pub, son équipe est habituellement première ou, un jour de petite forme, deuxième). A l’issue du round de vrai/faux, le gagnant empoche la cagnotte : Mais le génie du Trivia réside véritablement non dans les réponses, mais dans les questions elles-mêmes. Il faut faire preuve d’une originalité et d’une patience rares pour trouver des questions totalement étranges toutes les semaines. Vous pensez être à la hauteur ? OK, échantillon :
- Vous savez, vous, quelle épaisseur a la base du plus grand barrage australien ? (c’est 109 m)
- Comment s’appelle l’ex mari de Kim Kardashian ? (OK, pour celle là les points devraient en fait aller à ceux qui ne SAVENT PAS qui est Kim Kardashian)
- Quel pays a le nombre le plus élevés de frontières avec des pays voisins ? Russie, Chine ou Brésil (c’est Rusie)
Mes préférées sont les questions musicales. C’est là que je mesure chaque semaine l’étendue du canyon culturel qui sépare les australiens des européens  (avec peut-être une étape intermédiaire pour les britanniques).  Alors que nous souhaiterions tellement pouvoir effacer cette blessure douloureuse que représentent les années 80 dans l’histoire de la musique (qui aujourd’hui peut revendiquer haut et fort être fan de Jackie Quartz ? Qui oserait porter le T-shirt Nuit de folie ?), les australiens eux, ils kiffent et ils en redemandent sans cesse ! Les questions musicales du Trivia portent systématiquement sur un groupe des années 80, et systématiquement tout  le pub  s’enflamme sur la réponse …  Et loin de moi l’idée de dénigrer totalement les années 1980, hier j’étais la première à entamer à pleins poumons le refrain de « Total Eclipse of the Heart » , je reste une fan monumentale des Pixies et reconnaît toute la place de Madonna dans la culture pop, mais je me demande pourquoi les gens semblent bloquer sur les Talking Heads, Queen et INXS. 
Bref, convivial, chaleureux et vraiment bon enfant, le Trivia c’est un des instants australiens par excellence.


Dernière chose, mais est-ce vraiment utile de le préciser : la bière y coule à flots.

mercredi 8 février 2012

A day at work in Oz

Les bases de la vie active en Australie sont un peu différentes de celles de l’Europe…

1ère règle : Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.
Chaque matin, quand le réveil sonne, j’ai une pensée émue pour mes anciens collègues européens. En Australie les journées commencent de bonne heure ! 8h30, tout le monde est opérationnel à son poste. C’est encore un défi quotidien pour moi qui, même physiquement présente au bureau, ai du mal à émerger intellectuellement avant 11heures. C’est encore plus difficile quand, tachant par des efforts herculéens d’avoir les deux yeux ouverts en même temps dans le train qui m’emmène au boulot, je réalise que la moitié des gens sortent non pas de leur lit, mais de la salle de gym, où, fidèles à la tradition australienne qui élève le sport au rang de religion nationale, ils ont débuté leur journée bien avant moi par une heure de sport ...

2ème règle : on ne plaisante pas avec le dress code
Quand on dit « S’habiller corporate », ce n’est pas une figure de style. Le costume pour les hommes et les tailleurs pour les femmes sont de rigueur. Et qui dit tailleur dit talons hauts. Vers huit heures du matin, les rues grouillent de gens sur leur 31, de femmes en tailleur haute couture….en tongues ! La paire de tongues est la réconciliation parfaite entre le sport matinal qui veut que les gens marchent pour aller au travail, et le code vestimentaire qui exige que les femmes soient perchées sur des talons hauts toute la journée. Ajoutons à cela le sac de sport sur le dos, c’est une tenue matinale bien particulière qui circule dans les rues du CBD.

3ème règle : on ne badine pas avec le travail
D’une façon générale, les australiens sont très enthousiastes et énergiques. Au travail, les gens prennent leur boulot au sérieux. Les journées sont intenses et il n’est pas franchement question d’aller surfer sur le net à ses heures perdues. C’est un plaisir de travailler ici (il n’y pas d’ironie ici). Les gens sont motivés, ouverts à toutes les idées et décidés à faire en sorte que les choses marchent vite, et bien. Tout le monde s’appelle par son prénom (y compris le CEO), les conversations téléphoniques sont hyper cordiales et polies (toujours débuter par un « Hi X, how are you ? », ce qui, soyons honnêtes, est bien plus agréable qu’un « oui » hostile suivi d’un long soupir dans lequel on peut déchiffrer « j’ai pas le temps », « qu’est-ce que tu veux encore » ou « mais pourquoi est-ce que j’ai décroché ce téléphone »).

4ème règle : la pause déjeuner, c’est relatif
La plupart des gens apportent leur déjeuner au bureau. Fidèle a l’adoration des australiens pour la nourriture, le dej est souvent composé de crudités, salades, légumes, fruits… C’est pas franchement le steak frites au bistrot du coin (qui personnellement, me manque beaucoup). ET le dej se déroule souvent devant le pc. Et pour ceux qui sortent acheter leur déjeuner, il n’est pas rare de croiser dans l’ascenseur le directeur financier dégoulinant de sueur parce qu’il revient de son jogging ou de la salle de gym avant d’aller à la douche…Pour ceux qui ont loupé la séance aux aurores. Prise d’une crise de mauvaise conscience, j’ai arrêté le dej a l’extérieur et apporte ma nourriture au bureau, pas de sentiment de culpabilité pour ne pas moi aussi aller courir dans le parc !

5ème règle : 17h30 – extinction des feux
Les journées commencent tôt, et se terminent tôt également. La aussi, changement de décor complet. Les costumes et tailleurs se transforment en baskets, short et autres vêtements de sport pour la séance de sport post boulot (pour ceux qui se lèvent tard et préfèrent manger a midi). La relation aux heures supplémentaires est totalement différente de celle qui existe en Europe. Il arrive de rester tard pour terminer quelque chose d’urgent, mais généralement, les heures supplémentaires ne sont pas regardées d’un très bon œil en Australie. Là où les patrons européens croient voir un signe de motivation, de volonté de travailler dur en sacrifiant au boulot des heures perso en soirée, les patrons australiens voient un manque de productivité et une difficulté à gérer son travail : a la base, si on reste après le travail, c’est qu’on n’arrive pas à gérer pour tout faire en temps normal et donc qu’on est lent ou qu’on se laisse déborder.

Bref, les australiens replacent le travail dans le contexte : on y est dévoué, on s’y épanouit, c’est un véritable travail d’équipe, mais on a une vie a côté et l’équilibre entre les deux est sacré. C’est incroyable le nombre de femmes occupant des postes managériaux élevés. Les formules de travail sont aussi étudiées pour :  flexitime, temps partiel, travail de la maison. Toutes ces formules sont très bien vues et encouragées. J’adhère !

dimanche 23 octobre 2011

Une institution australienne

Au milieu de cet étrange pays qu’est l’Australie, plusieurs choses sont élevées au rang d’institution : le sport, le pub, le barbecue. Alors que l’hystérie collective se déchaîne autour de la finale de Rugby, j’ai décidé de vous parler d’une autre institution australienne, plus subtile, plus inattendue …  Tous les jeudis, les conversations débutent habituellement par « t’as regardé le Movie Show hier ? ». Le Movie Show… Sérieux ? Une critique de cinéma peut être aussi populaire ? Ben ouais. Mercredi, 22 heures, tous les écrans sont sur ABC, tous les australiens, petits et grands, sont pendus aux lèvres de David et Margaret, les deux animateurs de l’émission « at the movies ». Et indeed, cette émission est une bouffée d’air frais au milieu de la télé australienne ! 
Ces deux protagonistes fêtent cette année le 25ème anniversaire de leur émission.  Et mis à part le succès du Movie Show, ces deux-là sont des célébrités absolues en Australie ! David (Stratton) est anglais à la base et un grand défenseur de la liberté d’expression au cinéma dans les années 1960. Il fut aussi le principal responsable du Festival du Film de Sydney pendant des années. Margaret (Pomeranz) est une productrice de cinéma. Et tous les deux se sont trouvés dans les années 1980, et ont débuté une émission intitulée « movie show » sur la chaîne SBS. Et lorsque la chaîne a décidé (sans l’en avertir au préalable) d’annuler toutes les émissions que David animaient en solo, Margaret a elle aussi claqué la porte et ils ont repris une émission sur ABC, exactement le même format, mais sous le nom de « at the movies ». Et depuis 25 ans, ils sont en désaccord sur TOUT. Et c’est un vrai bonheur. 
L’émission suit un format bien défini : quatre ou cinq nouveaux films sont passés au crible ainsi qu’un classique (ma partie préférée, évidemment). David va plutôt observer la technicité et le script, Margaret le jeu des acteurs et les émotions dégagées, ainsi que les thèmes fondamentaux abordés. Margaret dépeint elle-même de façon poétique leur relation « David est le pédagogue, et moi je suis les fesses dans le fauteuil ! ». Et c’est classique, ils ne sont jamais d’accord, sauf pour être en désaccord.  Le fait est que les débats sont toujours intéressants, les avis systématiquement motivés, et pas seulement justifié par un ultime « je suis critique et je vous dis que c’est un bon / mauvais film ». Tous les types de films sont abordés. Et on ne leur reprochera jamais de manquer d’enthousiasme dans la critique, positive ou négative !
 Et pour donner un aperçu du type de films abordés, voici le top ten de David et celui de Margaret :


Margaret

1.Blue velvet (David Lynch)
2.In the mood for love (Wong Kar Waï)
3.Touching the void (2003)
4.The Indian runner (Sean Penn)
5.In the Cut (Jane Campion)
6.Brokeback Mountain (Ang Lee)
7.All about my mother (Pedro Almodovar)
8.21 Grams (Alejandro Gonzalez Iñarritu)
9.Reservoir Dogs (Quentin Tarantino)
10.Toy Story 3 (Pixar)

David
1.Distant voices, still lives (Terrence Davies)
2.Crimes and Misdemeanors (Woody Allen)
3.The Player (Robert Altman)
4.All about my mother (Pedro Almodovar)
5.Being John Malkovich (Charlie Kaufman)
6.The Circle (Jafar Panahi)
7.Lantana (Ray Lawrence)
8.Lord of the rings trilogy (Peter Jackson)
9. Brokeback Mountain (Ang Lee)
10.Gran Torino (Clint Eastwood)

 Et si vous voulez un aperçu complet, allez faire un tour sur le site en cliquant ici

Mon top ten est en cours d'élaboration, suggestions bienvenues !

dimanche 18 septembre 2011

Végé-quoi ?

Il était impossible d’aller plus loin dans la culture australienne sans présenter le petit pot noir à étiquette jaune qui fait systématiquement apparition à la table du petit déjeuner australien.

Avant-gardistes ou conservateurs, sucrés ou salés, curieux ou réservés, le verdict sera unanime : la Vegemite, c’est beurk !
La Vegemite est une pâte à tartiner (et je sais que lorsque j’écris cela tout le monde pense Nutella, mais rien ne saurait être plus éloigné de la réalité) à base d’extrait de levure de bière. Elle possède son équivalent en Angleterre sous le nom de Marmite, et est très répandue en Nouvelle-Zélande et en afrique du Sud. Apparemment, les suisses possèdent une potion magique du même ressort appelée Cenovis. 60 000 pots de Vegemite sont vendus chaque JOUR en Australie.

Le breaky (ptit dej) australien par excellence se compose d’un toast beurré et d’une noix de Vegemite. Une alternative est de remplacer le beurre par du cream cheese, fromage à tartiner. Ca a l’air appétissant, mais rien qu’à l’odeur, ça l’est moins. Et au goût, c’est salé, salé, un peu amer, et salé ! Je ne vois pas d’équivalent plus proche que de manger un cube de bouillon Knorr, et là je fais preuve d’une grande imagination parce qu’en fait, je n’ai jamais mangé de cube de bouillon Knorr.
Créée en 1923, et commercialisée par Kraft, la Végémite a été vantée pour ses vertus médicinales sur les enfants, notamment sa richesse en Vitamines B. Elle faisait partie des rations alimentaires envoyées aux soldats pendant la seconde guerre mondiale et, une fois encore, fait partie de l’identité australienne. A l’époque de la guerre, le slogan publicitaire principale, n’ayons pas peur des mots, était « la Végémite se bat dans le nord aux côtés de nos hommes ».   
Intrépides, à vos toasts ! Mais je vous ai prévenus !


dimanche 11 septembre 2011

Mais qu'est-ce qu'ils ont ces australiens avec leur sport ?

Fraîchement (ceci est une image) débarquée de France depuis deux jours, je lutte à armes inégales contre le décalage horaire. 5 heures du matin à Sydney, 21 heures en France, je suis éveillée depuis 1 heure, absolument pas sur le point de me rendormir. J’hésite à aller fumer une cigarette. Au bout de quelques instants j’entends des pas dans le couloir. Chouette ! Quelqu’un d’autre est insomniaque dans la maison ! J’ouvre la porte et me retrouve nez à nez avec notre logeuse, 66 ans. Il est 5h45 du matin.
Vanessa : tu n’arrives pas à dormir non plus ?
La logeuse : au non, non, pas du tout, je vais à la piscine…
Au moins, la simple pensée d’aller à la piscine à 5h45 du matin aura eu pour effet immédiat de me précipiter dans les bras de Morphée en 5 minutes.  Mais qu’est-ce qu’ils ont ces australiens avec leur sport ???? Je veux bien : le climat est idéal pour le sport en extérieur, les australiens sont aussi hyper sensibilisés à la nécessité de faire de l’exercice pour rester en bonne santé. En revenant de la piscine, ma logeuse nous raconte que la salle de gym était bondée. A 6 heures. Un samedi  matin.

C’est un fait : une proportion gigantesque de la population australienne passe une grande partie de sa vie à courir, nager, sauter, souffler, suer. J’aime y voir une traduction d’un culte du corps exagérée, le désir de posséder le corps parfait, particulièrement à Sydney, mais il y a bien plus que cela derrière. Jeune, vieux, ruraux ou urbains, les australiens adorent le sport, le pratiquent de façon intensive et le regardent de façon tout aussi intensive. Ceci explique la surreprésentation de l’Australie au palmarès des compétitions sportives.  Aux Jeux Olympiques d’été en 2008, l’Australie (qui compte seulement 22 millions d’habitants) a remporté 17 médailles d’or, la plaçant derrière les Etats-Unis (340 millions d’habitants), la Chine (1.3 milliard) et la Russie (140 millions).

L’Australie dispose même depuis 1861 son propre football, le football australien, ou Aussie Rules, ou footy. En fonction de l’Etat dans lequel on se trouve, le footy, le rugby, le cricket déclenchent de véritables phénomènes de masse. Ainsi Melbourne vit au rythme du footy et lorsque la saison commence, une véritable frénésie s’empare de la ville. Certains jours sont même fériés en fonction des matches !
Personne ne m’ôtera de la tête que le footy est un sport de brutes, mais chacun devrait se forger sa propre opinion. Pour une introduction fracassante et pleine de testostérone, voici un film promo réalisé par la Ligue Australienne de Football.

Pour certains, cette obsession à aller courir sur un tapis de course à six heures du matin tient du fait qu’à Sydney, les gens sont des « over achievers », ils accordent une grande importance à leur carrière, sont ambitieux et font de longues heures au travail. Aller courir ou nager avant le travail leur permet d’évacuer le stress permanent auquel ils sont soumis au travail. Pour d’autres, le climat et le fait que les gens passent leur temps à l’extérieur expliquent l’omniprésence du sport dans le pays. Enfin, pour d’autres, l’immigration des classes moyennes irlandaises a favorisé le développement de certains sports comme le rugby ou le footy en réponse aux sports pratiqués par les protestants comme le cricket.

Il y a indiscutablement un peu de tout ça. Si l’on demande à un australien, de but en blanc, pourquoi le sport occupe une place si importante dans le pays, sa réponse sera sans doute : « parce qu’on est comme ça », « parce que c’est notre culture ». Et c’est là que réside pour moi une des raisons principales de cet engouement pour le sport : il est vu et utilisé comme outil créant du lien, comme unissant la nation australienne.
Selon le ministère australien des affaires étrangères, 6.5 millions d’australiens sont licenciés. Cela représente à peu près 31 % de la population. En France, cette proportion est de 14.5%. En 2008, le budget australien dédié au sport était de 250 millions de dollars australiens (195 millions d’euros). Pour le gouvernement australien, le sport est clairement un moyen de créer ou renforcer le lien communautaire, l’esprit d’unité. Par exemple, dans les territoires aborigènes, des programmes spéciaux sont mis en place pour aller enseigner le football australien et les aider à organiser des équipes. De façon évidente,  au-delà du recrutement de nouveaux talents, le sport a pour objectif de canaliser la violence et les rivalités entre groupes, créant un sentiment d’appartenance à une communauté autour d’un sport explicitement étiqueté « australien ».
Les australiens adorent les histoires de sportifs ayant triomphé des difficultés de la vie pour accomplir les plus grands exploits. Des personnalités comme Caleb Evans, Ian Thorpe et Cathy Freeman sont élevés au rang de héros nationaux et deviennent des références pour tous les australiens.

Exagérée, surprenante, agaçante ou contagieuse, la passion des australiens pour le sport est un outil de renforcement de l’unité nationale et d’expression d’un fort patriotisme. Ce qui signifie également outil d’intégration pour les petits expatriés français. Je termine ce post et j’enfile mes baskets !